Nos racines chrétiennes

La religion chrétienne a un grand rôle dans notre histoire occidentale. Elle a donc un grand rôle dans la construction de notre identité qu'elle soit individuelle ou collective. La pensée chrétienne s'est diffusée sur la totalité de la planète par les ordres missionnaires en Europe puis par le colonialisme européen et enfin par l'impérialisme américain. Ce dernier poussant la logique du capitalisme de prédation à son paroxysme tout en uniformisant les cultures par ce puissant outil de manipulation des masses qu'est la publicité. Christianisme et capitalisme ont la même logique de domination. L'histoire chrétienne nous montre que nous devons agir en premier lieu au plan spirituel, au plan des croyances pour en suite avoir une réelle influence sur la sphère politique.

Il y a eu un avant l’ère chrétienne, il y aura un après. L’époque post-chrétienne commence en ce début de XXIième siècle. Mais sortir de cette période demande de comprendre en profondeur les mécanismes de la foi chrétienne, les conséquences de cette pensée dans tous les aspects de la vie moderne et la part de cette culture que nous portons en nous. Ce n’est qu’avec cette prise de conscience que nous pouvons faire un choix éclairé de ce que nous souhaitons préserver dans cette tradition et ce que nous souhaitons faire évoluer.
En lisant l’Ancien et le Nouveau Testament, nous pouvons comprendre comment cette pensée s’est structurée étape par étape pour arriver jusqu’à nous. Enfin nous pouvons faire le lien entre la structure de pensée chrétienne et le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui et si nous y sommes prêts à notre propre comportement.
Nos racines spirituelles remontent aux origines méconnues de la préhistoire. Les plus anciens témoignages d’une vie spirituelle qui ont traversé le temps jusqu’à nous, sont les rites funéraires dont certains remontent à plus de 100 000 ans. Mais l’essentiel de notre héritage spirituelle correspondent à l’histoire judéo-chrétienne. La religion judéo-chrétienne naît à la suite d'un grand bouleversement du mode de vie humain qu'est la révolution néolithique, l'invention de l'agriculture vers -9 000 ans avant J.-C. environ au Moyen Orient qui est aussi le berceau du christianisme. Cette révolution a entraîné une augmentation de la densité de population qui a conduit à des guerres incessantes. La religion judéo-chrétienne est une religion d'agriculteur et de guerrier. Ces deux activités marquantes ont ensemble structurée la pensée Judéo-chrétienne.
La révolution néolithique avec la culture des céréales et l'élevage a permis d’accroître significativement la nourriture disponible mais cette abondance nouvelle s'est faite au prix d'une vie quotidienne beaucoup plus laborieuse. Elle a entraîné aussi la hiérarchisation accrue par la sédentarisation et la multiplication des conflits. Individuellement, la qualité de vie moyenne entre l'époque des chasseurs cueilleur et celle de l'agriculture ne s'est peut être pas améliorée mais l'agriculture permettant de capté plus d'énergie (d'aliments) de son environnement elle s'est naturellement imposée dans une logique toute darwinienne.
L’histoire judéo-chrétienne telle que nous la connaissons par l’Ancien Testament est marquée par la violence et les relations de domination. Cette histoire est faite d'une succession de guerres et de relations de domination qui vont jusqu'à l'esclavage. Dans l'Ancien Testament, des personnages plus ou moins légendaires et des mythes constituent un récit à la fois cohérent et stable dans le temps sur certains aspects comme la structure patriarcale et marquant de l'autre une évolution de l'image de Dieu. La foi judéo-chrétienne se base tout au long de son histoire sur une organisation patriarcale de la société au même titre que bon nombre de sociétés agraires à travers la planète des mêmes époques en Moyen orient, en Europe et en Asie. Au travers les textes de l'Ancien Testament apparaît clairement l’archétype chrétien, une structure de pensée simple et fondamentale dont découle toute la mythologie judéo-chrétienne.
Une vision d'ensemble de la religion judéo-chrétienne peut se résumer à trois personnages bibliques : Abraham, Moïse et Jésus.
La religion chrétienne comme les  deux autres religions du livre, le Judaïsme et l’Islam, a pour origine l’histoire légendaire d’Abraham.
Abraham et l’autorité venant d'un Dieu unique
L’Ancien Testament nous conte l’histoire légendaire d’Abraham. Abraham passe un contrat, une alliance avec un Dieu unique par laquelle il fonde le judaïsme. Abraham promet d’obéir et de vénéré un Dieu unique et en échange ce Dieu lui assure une grande prospérité. Dès le commencement et pour toute l’histoire chrétienne se met en place une relation d’autorité de Dieu sur les hommes basée d’une part sur des récompenses à obéir et d’autre part des punitions à désobéir. Du coté des récompenses, il y a la prospérité, les victoires aux batailles menées, l’accumulation de richesses, une ou des épouses fertiles et de nombreux descendants. Du coté des punitions, il y a bien évidemment le contraire et la mort. Ainsi se met en place un système basique de stimulation du respect de l’autorité par l’espoir et et d’inhibition de la désobéissance par la peur de la souffrance et de la mort. Le ressort premier de la soumission à Dieu semble être la peur. Une des constante de la religion chrétienne est de vouloir faire vivre l'homme dans « la crainte de Dieu ».
Tout au long de l’Ancien Testament, la mort brutale par la « volonté de Dieu » est omniprésente. Avant Abraham, il y a l’épisode du déloge dont Noé est un rare survivant. Durant la vie d’Abraham, il y a la destruction toujours par « la volonté de Dieu » de Sodome et Gomorrhe. En preuve de cette obéissance Abraham est prêt à donner son unique fils en sacrifice humain à Dieu. À deux reprises Abraham fait passer son épouse pour sa sœur, permettant ainsi à de riches souverains de coucher avec elle. En récompense, Abraham reçoit de l’argent. N’est ce pas là une illustration d'une domination sans équivoque de l'homme sur la femme qui va jusqu'à la prostitution et le proxénétisme? La lutte contre cette exploitation sexuelle des femmes au XXIième siècle aurait sans doute beaucoup à gagner à ce que l'histoire d'Abraham ne soit plus donné en exemple. L'histoire d'Abraham nous fait connaître une époque particulièrement violente brutale et immorale au regard de notre mode de vie moderne.
Malgré toutes ces critiques formulées par notre regard d’habitants du XXIième siècle, il est indéniable qu'Abraham apporte une évolution adaptative efficace pour son époque et le monde brutal dans lequel il est sensé avoir vécu. C’est une évolution humaine par l’alliance à un Dieu unique. Il renforce ainsi l’autorité du chef et au travers lui la cohésion du groupe et sans doute donne t-il aussi du courage à affronter l’adversité. Dans une logique purement darwinienne, une preuve simple que se mode d’organisation a été efficace par rapport à son environnement est qu’il a été vénéré et transmis au travers les siècles alors que quasiment toutes les autres cultures religieuses concurrentes de la même époque ont disparu. Cette croyance était adaptée au monde de guerres perpétuelles de cette époque. C’est le point de départ du grand succès du monothéisme. A partir du personnage légendaire d’Abraham apparaît la croyance en un Dieu unique, une croyance en une autorité unique et transcendante à l’homme. Cette croyance qui instaure une relation de domination peut être vue, comme le prolongement d’un comportement humain instinctif et primitif que nous partageons avec nos cousins les grands singes dirigés par un mâle dominant. Dieu est un individu alpha d'autant plus puissant qu'il est imaginaire et donc par conséquent intouchable. La croyance en Dieu est un outil de cohésion sociale. Heureusement il nous est permis de faire progresser notre organisation sociale en même temps que l'image de Dieu. C'est ce qu'on fait Moïse puis Jésus et c'est ce que nous sommes amenés à faire aujourd'hui au vingt et unième siècle si nous souhaitons sortir de l'ère patriarcale chrétienne.

Moïse et la loi divine
Moïse est considéré comme le premier prophète du judaïsme. C’est, tout comme Abraham, un personnage légendaire. Moïse apporte une nouvelle étape de l’évolution de l’organisation sociale par l’apparition de la loi sans doute elle même liée au développement de l’écriture. La mythologie biblique raconte que Moïse a écrit la table des dix commandements sous l’inspiration divine. Avec Moïse, l’organisation sociale sort en partie de l’autorité arbitraire et variable du chef autrement dit, de la loi du plus fort pour  s’appuyer sur des lois invariantes et incontestables du fait de leurs origines divines. De la même façon que le sentiment dominant la relation à Dieu avec Abraham est la peur, le sentiment dominant avec Moïse est la culpabilité. C’est, là aussi, un incontestable progrès social. Mais la société reste marquée par la violence. Par exemple, sur « ordre de Dieu », Moïse fait lapider un homme accusé de blasphème. La peur de la mort restait permanente à cette époque. Les hommes devaient vivre avec des sentiments de colère et de haine plus ou moins refoulés pour commettre de tels actes de violence. Nous avons de la chance de vivre à une époque où les lois comme les émotions humaines sont largement pacifiées. Les deux étant liés. Une société non violente ne peut exister que si la plus part de ses membres ont des émotions apaisées.

La genèse ou la malédiction des femmes
La tradition chrétienne attribue à Moïse l’écriture des cinq premiers livres de la Bible. Dans la Genèse, est raconté le mythe de l’origine de l’homme. Ce mythe comme tous les mythes bibliques est tiré de récits plus anciens appartenant à d’autres cultures du Moyen-Orient. La Bible donne une version profondément misogyne du mythe de la création. La Bible, dans sa totalité, témoigne d’un statut inférieur dévolu aux femmes. Ce statut était plus proche sans doute de celui des esclaves que de celui des hommes.  Le mythe d’Adam et Ève apporte une justification prétendue « historique » et divine à ce statut inférieur et enferme  les femmes pour toute l’histoire chrétienne dans un rôle de servantes dont la qualité première est l’obéissance.
La Genèse raconte que Dieu a créé l’homme en utilisant de la terre humide.  Dieu crée en premier l’homme Adam lui donnant un droit d’aînesse, affirmant ainsi dès le départ sa supériorité. La femme, Eve est créée en second à partir d’une côte d’Adam. La femme sort du corps d’un homme. C’est une négation du pouvoir des femmes d’enfanter, de donner la vie. Là au contraire la femme doit sa vie à l’homme. C’est la seconde façon qu’utilise ce récit pour ancrer dans les esprits le statut inférieur des femmes. Enfin, et c’est sans doute l’épisode de la genèse le plus célèbre, Adam et Eve sont exclus du paradis pour avoir manger le fruit de l’arbre défendu par la faute d’Eve. En conséquence, tout naturellement et logiquement, pourrait-on dire, Dieu punit la femme en ces mots: « J’augmenterai la souffrance de tes grossesses. C’est dans la douleur que tu mettras des enfants au monde. Tes désirs se porteront vers ton mari, mais lui dominera sur toi« . Le statut de la femme est établi au début de la création et pour toute sa durée, à tout jamais. C’est une jolie trouvaille d’avoir justifié la preuve d’une punition divine touchant toutes les femmes  par la douleur de l’enfantement alors que c’est un phénomène physiologique lié au développement exceptionnel du cerveau humain au cours de l’évolution. Au passage, la femme est condamnée à être portée sur le sexe,  « Tes désirs se porteront vers ton mari ». Elle est la première cette fois, mais pour porter la responsabilité  de tous les péchés charnels. N’y a-t-il pas un lien entre cette croyance et le comportement de ceux qui encore aujourd’hui essayent de justifier les viols par l’attitude des femmes ? De son coté, l’homme est condamné à travailler la terre et à se nourrir du travail de ses mains.  Il doit vivre une vie pénible par la faute de la femme originelle et donc au travers elle de toutes les femmes. C’est là une terrible malédiction pour elles et si nous croyons l’Église chrétienne, elles n’en sont toujours pas libérées aujourd’hui, approximativement, plus de 2500 ans après que ce récit ai été figé par écrit.
Jésus Christ
La vie et les paroles de Jésus sont racontées par le Nouveau Testament. La vie de Jésus en Palestine est marquée par la domination de l'empire romain, oppresseur puissant et implacable qui confronte le peuple juif à la soumission politique. L'empire romain a un rôle pacificateur mais il impose sa « pax romana » par la violence dont le fait le plus marquant a été la destruction de Jérusalem en èà de notre ère pour mater un soulèvement juif. La violence du peuple romain est visible dans les jeux du cirque. C'est à l'époque de la destruction de Jérusalem que l'essentiel du Nouveau Testament a été écrit.
De son coté, le peuple juif est lui aussi violent. Il a par exemple recours à la lapidation des femmes adultères.
Le Nouveau Testament est donc marqué par un contexte particulièrement violent et troublant dans l'histoire du peuple juif. Le message de Jésus apporte des réponses, du sens théologique et une source d'espoir dans cette période particulièrement violente.
De la même façon que Moïse apporte un progrès sociale par rapport à Abraham, Jésus apporte un indéniable progrès par rapport à Moïse. Jésus fait l'éloge d'un sentiment plus noble que la peur ou la culpabilité : l'amour.
Il dit : «Aimez vous les uns les autres ». Avec ses paroles, Jésus initie les premiers pas d'une pensée humaniste faite de partage, de compassion, de tolérance et de non violence.
Mais son discours reste ambivalent. il ne rompt pas avec le discours de ses prédécesseurs. Il affirme clairement : « je ne suis pas venu abolir la loi mais l'accomplir ». Avec ces mots, la théologie chrétienne reste attachée aux récits de domination sexiste et à toute la violence de l'Ancien Testament dont elle fait un fondement de la foi chrétienne. Au regard de notre vision moderne des relations sociales, il accepte les comportements immoraux d'Abraham et des grandes figures de l'histoire hébraïque pour assoir son autorité de prophète.
Un autre grand handicap de la parole de Jésus est d'annoncer l'Apocalypse, la fin violente et surnaturelle des temps dans un avenir proche. Deux mille ans après que ses paroles aient été prononcer devons nous encore craindre l'arrivée imminente de l'apocalypse ? Bien sure que non. Ce discours joue également sur le mécanisme de la peur. C'est un moyen d'attirer l'attention et d'imposer ses idées. Il renouvelle ainsi la relation de « crainte de Dieu ».
Le récit de la vie de Jésus est jalonné de miracles de guérison qui vont jusqu'à la résurrection et de miracles de multiplication de nourriture. Ces récits miraculeux sont-ils la transcription fidèle de faits qui ont réellement eu lieu ou sont-ils le reflet de ce que les chrétiens étaient prêts à croire ? Le succès de fausses rumeurs encore aujourd'hui, visibles sur internet ou ailleurs doit sérieusement nous faire réfléchir sur la signification de ces miracles. Ces récits miraculeux ne sont qu'une technique de propagande ayant du succès auprès de ceux qui sont prêts à les croire. Ils participent à l'affirmation de l'autorité messianique de « Jésus-Christ ».
Un autre moyen d'affirmer la qualité d'envoyé de Dieu est sa relation de filiation avec tous les grands prophètes. Jésus est « fils de ». Ainsi il justifie les relations inégalitaires en fonction de la naissance. De ce point de vu, le Nouveau Testament apporte une justification théologique au féodalisme, au monarchisme et aussi à … l'esclavage.
Jésus par son sacrifice volontaire par la crucifixion valorise le rôle de victime. La vision même de l'amour selon Jésus peut être critiqué car il prône une non-violence absolue ( « si on te frappe sur la joue gauche alors tends la joue droite ») et un pardon systématique. Ce discours radical est profitable aux personnes violentes et au statut quo. Dans les faits, il n'a jamais été appliqué en dehors des premiers temps de l'Église, l'époque des martyres.

Jésus par le récit mythique de sa résurrection puis son élévation au Ciel au coté de Dieu est une illustration forte et évocatrice de la survivance de l'âme après la mort. Cette victoire sur la mort fait rêver et apaise face à la perte d'un proche mais elle est illusoire. Elle n'est qu'un rêve qui soulage la souffrance du deuil au prix d'une déconnexion du réel et d'une dépendance à l'Église. À travers les siècles, elle a permis de maintenir des masses opprimées réduites à la misère dans « l'espérance » d'une vie meilleure après la mort.
Cette diversité de discours parfois contradictoire donne une large part à l'interprétation qui a conduit à une multiplication des églises à partir du schisme protestant.

D'un point de vu plus théologique, le discours de Jésus manque de cohérence. D'un coté, il dit « ne juge pas » mais de l'autre il demande de pardonner : « Ne pardonne pas 7 fois mais 77 fois ». Il y à la une contradiction car pour pardonner une faute, il faut juger qu'il y a faute. Le pardon n'est qu'une solution parmi d'autre face à ce qui est perçu comme une faute. Le pardon est sans nul doute une attitude positive pour sortir des logiques de vengeances. Il peut participer à la pacification de la société. Le problème est le pardon systématique prôné par la religion chrétienne. Le grand drame de la pédophilie dans l’Église catholique qui a éclaté à l'époque de Jean Paul II montre bien les limites de la logique du pardon. En cette année 2017, après des décennies de résistance, le Vatican semble enfin décider la primauté des lois humaines condamnant la pédophilie et la non dénonciation à la justice de ces crimes. Dans l’intérêt des enfants victimes, ce choix courageux est une avancée notable mais il est évident que si il a été si long et si laborieux à être affirmée c'est qu'il pose un grand problème théologique. En effet, quel est l'utilité de l'Église si elle ne joue plus son rôle de guide porteur de la « vérité divine » mais subit la loi voté par le corps démocratique. Il y a là, une inversion flagrante du rapport d’autorité. L'Église ne guide plus le peuple mais est guidée par le peuple exprimant sa volonté démocratiquement. Cet écueil théologique marque un net affaiblissement de l'autorité religieuse et annonce sans doute de grands changements.

La réussite de la religion chrétienne est de s'être associée au pouvoir romain puis féodal et monarchique qui en retour a protégé et fait la promotion de cette religion d'état rigidifiant ainsi une société patriarcale, inégalitaire et vénérant la souffrance au travers de la crucifixion de Jésus.
La pensée chrétienne est une pensée hermétique, fermée sur elle même. Ce considérant comme l'unique détentrice de la « vérité », elle n'accepte aucune autre forme de pensée. La religion chrétienne n'a pas d'instinct maternelle. Elle ne laisse aucune place à une nouvelle forme de spiritualité.
Beaucoup de crimes et d'abus ont été commis au nom de Jésus Christ et de l'Église chrétienne. Mais cette religion n'a pas empêché une profonde évolution sociale qui a abouti à la déclaration d’indépendance des États-Unis puis à la déclaration des droits de l'homme de 1789. Elle n'a pas non plus réussi a empêcher le progrès scientifique malgré une très nette hostilité contre cette autre démarche de compréhension du réel.

L’Église chrétienne « universelle et intemporelle » a conquis la presque totalité du globe grâce aux conquêtes coloniales européennes.

En Occident, au vingtième siècle, la religion chrétienne a connu une sérieuse perte d'influence sur le pouvoir politique et sur la société en général. Mais si la foi chrétienne est en recul, la structure de pensée chrétienne reste largement dominante.

Qu'est ce que la structure de pensée chrétienne ?
La pensée chrétienne est structurée sur une vision dualiste où le « bien » s'oppose au « mal ». Cette vision réductrice conduit à un désir de toute puissance car le « bien » ne saurait accepter aucune limite ni aucune contradiction. Toute forme de pensée différente est associée au « mal » ou au « diable » qu'il faut tout naturellement combattre. La pensée chrétienne n'accepte aucune limite ni temporelle, ni géographique, ni face à la vie privée, ni même face à la mort qui aurait été vaincu par la résurrection du christ. La logique manichéenne conduit à un désir de toute puissance.

L'archétype judéo-chrétienne

La pensée judéo-chrétienne est basée sur un archétype. Pour partir du plus simple, la pensée chrétienne est basée sur une relation de domination où l'information circule à sens unique du dominant vers le dominé. Le dominant ordonne, le dominé obéit. Pour en revenir aux origines agricoles de la religion judéo-chrétienne, le dominant est « le maître du troupeau » qui dirige ses bêtes.

Dominant
z
z Information
z
t
Dominé

Symboliquement, cette relation de domination est entre le Ciel et la Terre, entre « Dieu le Père qui est aux cieux » et « la terre toute entière ». Cette information transmise à sens unique du haut vers le bas est la « vérité révélée » écrite dans la Bible. Une autre image agricole sans doute inspiratrice de cette croyance est l’épi de blé qui tombe du ciel et ensemence la terre. Cette image de l’épi de blé est une symbolisation intuitive de la notion d'information.

Si nous détaillons encore plus, c'est un rapport de domination sexiste, du masculin le porteur de la semence sur le féminin, le réceptacle de la semence.

Marie-Madeleine au pied de la Croix
par Eugène Delacroix 1829
Musée des Beaux-Arts, Houston, USA

Enfin, si nous faisons une représentation à partir des quatre éléments symboliques du masculin et du féminin dans la culture judéo-chrétienne, le masculin est associé au Ciel et au Feu et le féminin, à la Terre et à l'Eau.
L'usage d'éléments symboliques pour analyser la pensée chrétienne peut sembler discutable ou même fantaisiste mais ils participent à la structuration de notre pensée. Au même titre que les formes et les couleurs forment les éléments de base pour décrypter et comprendre une image, les symboles sont les éléments de base de notre compréhension du monde spirituelle. La compréhension symbolique de la pensée chrétienne n'est pas écrite en temps que tel dans la Bible mais elle est la matrice qui donne sa cohérence aux textes bibliques et qui inspire les créations artistiques et structure la pensée chrétienne. C'est un élément sous-jacent structurant la pensée chrétienne. Il s'exprime dans les textes bibliques sous maintes déclinaisons différentes.
La représentation symbolique offre une vision à la fois synthétique et cohérente mais aussi poétique de la pensée chrétienne. Elle ordonne, donne de l'ordre, une forme de rationalité à la pensée chrétienne. Elle donne aussi une forme esthétique. La représentation symbolique est à la croisée des chemins entre une pensée logique et sensibilité artistique. Elle participe à la force de persuasion et de séduction du message chrétien. L'importance des symboles est reconnaissable par l'usage qu'en fait l'industrie moderne de manipulation des esprits qu'est le marketing commercial.
Si nous sommes prêts à l'introspection, l'archétype chrétien est un élément d'analyse de notre propre pensée. C'est aussi la clé de compréhension du monde moderne capitaliste.
L'archétype symbolique chrétien est la clé de compréhension qui rend possible la création et l'affirmation d'un nouvel archétype (voir l'archétype de l'Arbre de Vie dans le chapitre « l'unité »)
Le masculin est associé au Ciel. Ce symbolisme est présent parmi une multitude de représentations sacrées sur ce tableau d'Eugène Delacroix avec Jésus sur la croix et aussi bien sure dans les paroles du « Notre Père » : « Notre père qui est aux cieux ».
Le masculin est aussi associé au Feu, symbole de destruction et de création, de puissance.
Ce symbole est présent dans le Credo catholique : « Je crois en Dieu le Père Tout Puissant créateur du Ciel et de la Terre » et de façon marquante dans la destruction de Sodome et Gomorrhe.

La femme définie par la religion chrétienne est porteuse des symboles de la Terre et de l'eau. La Terre est le symbole du corporel, de la matérialité à l'image de la Vierge Marie qui mise enceinte par l'Esprit Saint donne corps à Jésus. La Terre est la source du péché, par les désirs charnels et plus généralement tous les besoins corporels. Dans une logique hiérarchique, le Ciel, ce qui est en haut, commande et la Terre, ce qui est en bas, obéit.
À partir du moment où l'identité de la « femme » se construit dès l'enfance sur la base d'un élément lié directement au péché, le symbole de la Terre, la « femme » est prisonnière d'une image dévalorisante et d'un statut d'infériorité. Le drame pour les femmes imprégnées de culture chrétienne d'hier mais aussi d'aujourd'hui encore est que cette logique insidieuse participe à l'image qu'elles ont d'elles-même plus ou moins consciemment et qu'il est ainsi possible qu'elles participent à la perpétuation de cette logique sexiste de générations en générations en transmettant l'éducation qu'elles ont reçu.
De plus, à partir du moment où des femmes sont éduquées dans cette logique sexiste, et qu'elles considèrent elles-même en position de faiblesse par rapport aux hommes. Elles acceptent leur place de numéro deux dans la hiérarchie. Elles ne vont pas se placer sous l'autorité d'une autre femme car se serait alors se placer en position de numéro trois. Ce serait un déclassement dans la hiérarchie du groupe et cela, intuitivement personne n'en a envie. Ainsi les femmes imprégnées de culture patriarcale ne font pas preuve de solidarité pour faire s'élever des femmes dans la hiérarchie sociale.
Heureusement plus les exemples de femmes qui réussissent à s'élever socialement sont nombreux moins cette logique de domination sexiste est opérante. Nous sommes en ce début de vingt et unième siècle dans un tel rééquilibrage de la relation femme-homme. Encore faut-il aller au bout de cette démarche d'émancipation des femmes en inscrivant un réel rapport d'égalité entre hommes et femmes au plus haut niveau symbolique, au niveau de Dieu. C'est ce que propose Dieu Arbre de Vie.

L'eau est le symbole de la souplesse, de la plasticité, de l'équilibre. Dans la logique chrétienne, Il est le symbole de l’obéissance. C'est l'élément essentiel pour se « plier au ordres ». La souplesse est le complément indispensable à la rigidité dogmatique masculine. Il est l'élément qui permet la cohésion de la relation inégalitaire homme-femme au prix d'une totale soumission de la femme. Dans la logique chrétienne, la « femme » ne peut se libérer du péché que par l’obéissance à Dieu et à « son fils Jésus-Christ notre sauveur », autrement dit à l'ordre patriarcale. Cette logique implacable fait de la religion chrétienne un formidable outil de manipulation des esprits et de domination.

Les relations homme-femme dans le monde chrétien
Cette symbolique chrétienne qui véhicule un message inconscient participe à l'ancrage dans les sociétés chrétienne du rôle de « l'homme » et de la « Femme ». « L'homme » a la place de maître qui dirige, ordonne. « La femme » le rôle de servante qui obéit, remplit les tâches matérielles dans le lieu de vie commun et donne une descendance à son mari.
Dans ce cadre rigide, « la femme » n'a pas besoin d'éducation en dehors de ce qui lui est nécessaire pour accomplir sa tâche de mère et de servante. Sa parole n'a que peu d'importance.
Dans le monde chrétien, la place des femmes n'est pas très enviable. Mais cette relation déséquilibrée en faveur de « l'homme » ne lui est pas non plus source de profonde satisfaction puisque son autorité « toute puissante » de droit divin peut le conduire à l'incapacité de maîtriser ses pulsions et à la tyrannie. Incapable d'être aimé, il est réduit à imposer sa volonté par la violence et à satisfaire ses pulsions par le viol. Alors qu'avec une éducation basée sur le respect et l'écoute, il est en mesure de développer les qualités pour être aimé et vivre une vie bien plus satisfaisante avec des êtres proches l'aimant naturellement. La « toute puissance » du masculin est une source de destruction autant matérielle qu'affective. Elle génère de la souffrance. Le conte populaire du Petit Poucet illustre avec le personnage de l'ogre ce pouvoir de destruction de l'homme « tout puissant ». Il nous met « la puce à l'oreille » sur la dangerosité du « Dieu Père Tout Puissant ».
Le rapport de domination de « l'homme » sur « la femme » instauré par la tradition chrétienne n'est pas compatible avec l'épanouissement humain, avec la diversité des personnalités humaines, avec l'harmonie du couple, avec l'amour fait de respect mutuel, d'écoute et d'empathie. La culture chrétienne du pardon systématique qui renvoie perpétuellement à un statu quo dans le mariage quelque soit les violences subies n'aide pas les femmes à se faire respecter. Cette culture du pardon systématique est peut être même un des facteurs qui conduit aux violences conjugales.

Le rapport homme-nature
Dans le monde chrétien, le rapport de « l'homme » à son environnement est identique à la relation homme-femme, c'est une relation de domination à sens unique. Le Ciel-Père domine la Terre-Mère.
L'émergence du christianisme s'accompagne d'une complète désacralisation de la nature. La doctrine chrétienne ne fixe aucune limite à l'exploitation de la nature par l'homme. Si ce rapport de domination a longtemps donné lieu à de la déforestation et à la mise en culture de nouvelles terre, à partir du début du XVIII ième siècle, la révolution scientifique et industrielle qui si elle remet en cause la valeur du message biblique avec entre autre la révolution darwinienne, ne remet nullement en cause le rapport de domination de l'homme sur la nature et conduit même à une brutale amplification de l'impact des activités humaines sur notre environnement. Si des autorités religieuses chrétiennes tel que le Pape commence à parler d'écologie, ces discours sont bien tardifs et manque clairement d'une base théologique et de cohérence avec le discours nataliste chrétien. Ce rapport de domination sur la nature est à la base de l'expansion capitaliste et de l'économie mondialisée. Au même titre que la femme n'a pas droit à la parole dans le monde chrétien, le monde moderne capitaliste n'accorde aucune importance aux multiples signaux d'alertes visibles dans notre environnement en raison des excès de notre civilisation industrielle.

Du christianisme au capitalisme
La doctrine capitaliste est née en Europe au cœur du monde chrétien. Ce n'est pas un hasard.
En digne héritier, le capitalisme utilise la même structure de pensée que le christianisme.
La logique de toute puissance est l'élément structurant la mondialisation capitaliste. À l'image du christianisme, le capitalisme n'accepte aucune limite. Il est une forme d'asservissement planétaire de la matière à l'esprit humain ou plus particulièrement à « l'élite » économique.
Voici différents aspects de la pensée commune au christianisme et au capitalisme :

L'expansion perpétuelle
En premier lieu, cette logique expansionniste conduit à la croissance perpétuelle et à l'exploitation sans limite des ressources naturelles. Notre planète ayant bien évidemment une taille limitée, elle dispose de ressources limitées. Le mythe de la croissance perpétuelle est acceptable que tant que nous n'avons pas atteint ces limites. Nous sommes en ce début de vingt et unième siècle face à ces limites. La réalité physique va nous imposer une radicale remise en question au prix d'une grande crise économique, sociale mais aussi spirituelle. Dans le domaine scientifique, la même logique d'expansion a donné naissance à un syncrétisme : le scientisme, forme de religion moderne qui prétend que l'homme peut dominer la nature grâce à la science. Elle imagine un monde économique en croissance perpétuelle grâce aux innovations technologiques qui offriraient une solution au problèmes de raréfaction des ressources naturelles et plus généralement une solution à tous les problèmes limitants l'expansion humaine sur terre comme dans l'espace. Le scientisme est une croyance fondée sur une vision parcellaire de la science dont les succès depuis le début de la révolutions industrielle sont dépendants d'une consommation gigantesque d'énergie fossiles. La science n'est jamais que la connaissance des lois physiques de la matière qui sont elles immuables. C'est une évidence que la volonté humaine ne peut les modifier. Le scientisme va connaître de grandes désillusions. Bien sure il y encore de multiples découvertes à réaliser mais ces découvertes ne suffirons pas pour alimenter l'expansion économique perpétuelle du monde capitaliste.

Hiérarchie sociale
Les religions catholique et orthodoxe sont structurées hiérarchiquement avec au sommet, « dans les cieux », « Dieu le Père Tout Puissant » avec à son coté Jésus Christ, « homme fait Dieu, Dieu fait homme » accompagné de sa mère la Vierge Marie, sainte obéissante, puis les apôtres et les saints, vient en suite sur terre, la hiérarchie religieuse avec à sa tête le pape, puis les cardinaux, les évêques, les prêtres, les laïques chrétiens et enfin les hérétiques. Cette hiérarchie religieuse a son pendant dans la société de consommation où une hiérarchie sociale se fonde sur la maîtrise du dogme capitaliste. Cette « religion » matérialiste a aussi ses saints, les grands entrepreneurs et ses grands prêtres, les économistes qui psalmodient encore et encore un unique mot : « croissance ». Face aux limites matérielles de la croissance, ces incantations ressemblent de plus à de la pensée magique.

Manipulation des esprits
Le discours dogmatique à sens unique du haut de la hiérarchie sociale vers le bas et basé sur un message sans cesse répété a de la même façon établit le fonctionnement de la publicité. Cette manipulation des « cerveaux disponibles » pour créer le réflexe d'achat reproduit les différents moyens de communication de l’Église pour entretenir la foi chrétienne : symboles, images, cérémonies (événements sportifs tel les Jeux olympiques ou la coupe du monde de football mais aussi les événements caritatifs tel le Téléthon) et bien sure paroles et textes diffusés du haut vers le bas, de « l'élite » vers « le peuple ». Elle joue sur les sensibilités affectives et émotionnelles. Avec le développement de la recherche en marketing, nous savons à quel point ces mécanismes de manipulation sont efficaces. L'iconographie religieuse a cédé la place à l'iconographie marchande. Le dogme chrétien a cédé la place au dogme capitaliste. Mais de la même façon, ce discours de manipulation des esprits est profitable aux membres du sommet de la hiérarchie sociale.

Machisme
Bien sure, dans ce système patriarcal, « l'homme » domine sur la « femme ». Ce rapport de domination sexiste existe de toute évidence en dehors de l'église, c'est le machisme visible dans les familles, les entreprises, le monde politique et bien sure la publicité. Le machisme conduit aux inégalités professionnelles, à la maltraitance et aux abus sexuels.

Suprématie
l’Église chrétienne est porteuse du « bien. Elle a une portée universelle. Elle se veut au dessus des états. Elle instaure une relation de suprématie. Elle considère qu'elle est en droit de modifier la politique des états même démocratiques mais que bien sure ces états n'ont aucun droit à en faire de même avec elle. Là aussi il y a une profonde dissymétrie. Cette même logique de suprématie est à l'œuvre dans les entreprises multinationales. L’Église de Rome peut être considérée comme la première multinationale de l'histoire.

Violation de la vie privée
Dans sa logique de toute puissance au service du « Bien », L’Église chrétienne s'autorise à connaître et à contrôler la vie privée et même intime des individus. Elle ne respecte pas la limite de la sphère privée. Les chrétiens suivent cet exemple et se préoccupent beaucoup de la vie intime de leurs voisins. Cette pratique a donné naissance dans le monde actuel déchristianisé en apparence seulement, à une presse dite « people » qui fait des affaires sur la violation de la vie privée avec souvent un discours moralisateur. Le succès de cette presse populaire montre clairement la survivance de cette pensée voyeuriste et moralisatrice. La violation de la vie privée et la médisance qui l'accompagne sont une source de peur d'être jugé et exclu pour sa vie sexuelle. Elle conduit à beaucoup de frustration affective. Nous aurions sans doute beaucoup à gagner à ce que chacun cherche à avoir une vie intime épanouie plutôt que de se préoccuper de celle des autres.
Avec le développement de la technologie numérique, la violation de la vie privée grâce à des logiciels espions est grâce au ciblage commercial, un outil puissant au service de la manipulation des esprits, de la manipulation mental au service de la surconsommation.

Le dogmatisme
La religion chrétienne est basée sur un dogme immuable quelque soient les centaines d'années d'expérience d'accumulé et la multitudes d'expériences heureuses ou malheureuses vécues. Il en va de même pour le capitalisme qui sous l'apparence de théorie économique prétendues rationnelles, croit en la croissance infini dans un monde fini. Les signes de fin imminente de la croissance économique sont nombreux mais ils ne sont pas entendus. Cette rigidité doctrinale est tout autant un handicap pour le monde chrétien incapable de se réinventer suite aux avancées scientifiques et sociale que pour le monde capitaliste qui est incapable de faire face à une inévitable et implacable fin prochaine de la croissance. Le dogme qu'il soit religieux ou économique n'est pas utile en tant que discours efficace face à la réalité et pour l'intérêt général mais comme marqueur de la hiérarchie sociale en place. Pour s'élever dans la hiérarchie, il est nécessaire d'intégrer et de défendre ce discours dogmatique. La défense de cette hiérarchie sociale, du statut quo sur une pensée obsolette est un solide frein au changement qui peut conduire à l'effondrement global.

Absence de remise en question
C'est un aspect du dogmatisme. L’Église chrétienne étant porteuse du « bien », elle n'a pas à se remettre en question. Il en va de même pour les multinationales qui sont porteuses de « progrès », elles ne sauraient se remettre en question face aux problèmes humains et environnementaux qu'elles créent. Les multinationales n'ont pas à ce préoccuper de ce qui se passe tout en bas de la hiérarchie sociale. D'autant plus qu'elles agissent pour « la liberté du consommateur », liberté apparente seulement car basé sur le matraquage publicitaire et des informations biaisées. Cet autisme face aux catastrophes écologiques et humaines a une dimension dramatique inacceptable. Ce n'est jamais qu'une forme institutionnalisée de la « loi du plus fort ».

Expansion sans limite, domination de la nature, hiérarchie sociale, manipulation des esprits, sexisme, non reconnaissance du pouvoir des états, violation de la vie privée, dogmatisme, incapacité à se remettre en question voici autant de points communs entre la religion chrétienne et le système capitaliste actuel. Bien sure ce n'est là que différents aspects d'une même logique de domination mais la religion chrétienne a perfectionné cette logique durant des siècles, a justifiée l'expansionnisme agressif européen et elle a conditionné en masse à vivre dans un tel système de domination. D'une certaine façon, elle a préparé le terrain des consciences pour l'avènement du capitalisme.

Remettre en question la logique capitaliste va de paire avec la remise en question du christianisme. Changer les mentalités et les comportements passe en premier lieu par la dimension spirituelle.
Les débuts de l'histoire chrétienne sont intéressantes à ce titre. D'après le Nouveau Testament, Jésus a donné naissance à une nouvelle religion mais durant sa vie il a reconnu l'autorité de Rome dont la Palestine était une colonie. Il n'a jamais combattu politiquement ou militairement Rome mais son discours a gagné tout l'empire romain qui s'est converti au christianisme vers la fin du IVième siècle. Les chrétiens ont alors imposé la primauté du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel.
Il en va de même aujourd'hui où pour changer l'ordre de domination capitaliste actuel, il est nécessaire d'agir en premier au niveau spirituel pour donner naissance à un nouveau système de valeur. Ce n'est qu'en développant librement une nouvelle forme de spiritualité que nous nous libérerons du conditionnement psychologique actuel. L'alternative à la logique de dualité se trouve dans une logique d'unité.

Il n'est pas aisé d'affirmer haut et fort la nécessité de sortir de l'ère chrétienne. L'image de Jésus Christ donnant sa vie par le supplice de la croix pour nous sauver du péché ne doit-il pas exiger en réponse de notre part une reconnaissance éternelle ? Le génie de communiquant du christianisme a été de rendre toute l'humanité redevable au « sauveur Jésus Christ » pour son sacrifice. L'humanité aurait une dette envers le Christ et donc envers les chrétiens. Il faut bien sure dénoncer cette manipulation à grande échelle. Le sacrifice du Christ est avant tout un outil de propagande au service des Églises chrétiennes elles-même et non de l'humanité. « Jésus-Christ » n'a, ni hier qu'aujourd'hui ou demain , « sauvé » l'humanité en étant victime de torture.

La surpopulation
Les Églises chrétiennes qu'elles soient catholique, orthodoxe, protestantes ou évangéliques continuent à encourager fortement la natalité. Ce message nataliste a un fondement théologique fort, le fameux « croissez et multipliez, dominez la terre » mais de façon cynique, la fécondité des femmes chrétiennes est surtout une façon de gagner en membres de la communauté des chrétiens, la transmission de la foi chrétienne se faisant efficacement des parents vers les enfants. Ce dogme de l'expansion démographique nous conduit vers une catastrophe humanitaire de grande ampleur d'autant plus que la même logique est à l’œuvre dans les religions musulmane et juives . Ces trois religions du Livre auront une grande responsabilité face aux multiples crises de surpopulation qui vont toucher l'humanité quand nous serons confrontés à une crise énergétique liée au passage du pic pétrolier d'ici dix ans maximum. La Syrie et le Yémen qui ont multiplié par 4 ou 5 leur population en cinquante ans et qui ont tout deux passé leur pic pétrolier au début des années 2000 doivent nous faire sérieusement réfléchir sur ce point.
La Terre peut nourrir des milliards d'êtres humains au prix d'un accaparement des ressources et au détriment des autres membres du grand arbre de la vie, qu'ils soient des plantes ou des animaux. Cette grande mécanique de captation des ressources nécessite beaucoup d'énergie. Elle nécessite aussi des échanges à grande échelle et la paix. C'est tout cet édifice qui ce nome l'économie mondialisée qui risque de s’effondrer avec le passage du pic de production de pétrole. Si nous ne proposons pas une alternative humaniste, simple, cohérente, réaliste et forte, la religion chrétienne sera peut-être gagnantes dans ce monde chaotique fait de violence et de régression sociale. Elle pourra à nouveau prospérer sur la souffrance et l'ignorance humaine.

Un discours humaniste serait d'alerter sur ce risque de surpopulation et de mettre en œuvre un plan de transition avec en premier lieu une politique de maîtrise de la natalité dans les pays qui ont un taux de natalité élevé. Cette politique basée sur l'éducation devrait s'opposer avec force au discours nataliste des trois grandes Religions du Livre.

Nourrir notre esprit
La religion chrétienne a nourrit l'esprit de nos aïeux durant des siècles. Elle a aussi façonné la partie spirituelle de notre langue avec des mots tels que charité, pardon mais aussi « bien » ou « mal » par exemple. Notre langue est porteuse d'une vision clairement machiste de la sexualité. Un homme qui multiplie les conquêtes est un « séducteur » alors qu'une femme ayant le même comportement est elle une « s…... » . Que nous le voulions ou non, la pensée chrétienne fait partie de notre pensée consciente mais aussi inconsciente qui ressurgit parfois dans des comportements regrettables tel que le machisme ou autre. Si nous souhaitons sortir de cette logique de pensée et évoluer vers un idéal de vie plus satisfaisant, cela nous est possible. Comme des paraboles de Jésus nous y invite, nous pouvons trier le bon grain de l’ivraie ou tailler la vigne pour qu'elle donne plus de fruit, choisir ce que nous souhaitons conserver et ce que nous souhaitons faire évoluer des textes bibliques et de la tradition chrétienne et de nourrir notre esprit d'une structure de pensée nouvelle répondant à nos aspirations de vie. Car « le Royaume de Dieu est semblable à trésor dont son propriétaire tire du neuf et du vieux ». Dieu Arbre de Vie peut être cette pensée source de satisfaction et de progrès social. Ce progrès humain passe également par une évolution de notre langage.
À la place de la pensée judéo-chrétienne et son archétype de dualité, avec Dieu arbre de Vie, nous pouvons faire la promotion d'un nouvel archétype basé sur l'unité.

La parabole du grain de sénevé

Le Nouveau Testament est riche d'une multitude de propos parfois contradictoires dans lesquels il est souvent possible de trouver quoique ce soit que nous y cherchons. Il est aisé de faire une interprétation de certaines paroles de Jésus comme une annonce de Dieu Arbre de Vie. Dieu Arbre de Vie ne fonde pas sa légitimité sur le message biblique. Il n'a recours à aucun argument d'autorité. Mais il existe plusieurs paraboles de Jésus qui peuvent être interprétées comme une ouverture vers Dieu Arbre de Vie. Ces paraboles évoquent le symbole de l'arbre ou de la vie biologique, la transformation de la société et l'acceptation de limites. La plus célèbre de ces paraboles est celle du grain de sénevé (Matthieu 13, 31-32) :

« Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu'un homme a pris et semé dans son champ. C'est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. »

Il n'y a pas loin du « royaume des Cieux est semblable (...) à un arbre » à Dieu Arbre de Vie. Si cette parabole et d'autres peuvent servir de passerelle aux chrétiens en recherche d'Amour et de Paix vers Dieu Arbre de Vie, alors il est souhaitable de la faire connaître.
Cette présentation critique de la pensée chrétienne et de son influence sur le monde capitaliste actuelle est une étape fondamentale pour prendre conscience, et prendre ses distances avec cette logique de domination manichéenne. Elle nous libère de la force d'attraction, de la force gravitationnelle du monde hermétique chrétien. Elle ouvre la voie à la liberté d'une vie spirituelle nouvelle. Et une fois que cette vie spirituelle sera affirmée, elle ouvrira la voie à une grande évolution politique, économique, sociale et culturelle. Dieu Arbre de Vie est un des choix qui s'offre à nous pour faire aboutir ce travail critique en une pensée créative et positive au service d'un réel progrès humain.